
Les pieds tout juste vetus de sandales en caoutchouc, Herman, notre guide, imprime le rythme de son pas precis et regulier. Il faut bien ca pour venir a bout de la montee vers la Laguna Chillata, 1500m de denivele depuis la petite bourgade somnolente de Sorata, avec de (trop) lourds sacs a dos. 12/15 kg, ca n'a l'air de rien, mais ca pese bien quand on depasse les 4000m... La montée se fait au milieu des cultures locales, incroyablement pentées, qui abritent des colibris et autres oiseaux colorés. Plus haut, des "aigles" et des condors prennent le relais.
Le site de bivouac est superbe, un petit lac emeraude niché au pied d'une falaise qui abrite les vestiges d'un site ceremoniel inca. Pas de doute, les locaux savaient choisir leurs sites ceremoniels.
L'objectif du trek est la Laguna Glacial, un lac glaciaire a 5100m, dans lequel se jette une cascade de glace entre les sommets de l'Illampu (6300m et quelques) et de l'Ancohuma (6400m et quelques). On part tot le lendemain, laissant au bivouac le gros des sacs histoire de ne pas trop trainer. Le chemin se fait toujours plus escarpé, grimpant sur un granite poli par les glaciers. De l'autre cote de la profonde vallee de Sorata, on distingue les eaux bleues du lac Titicaca.
Le paysage est superbe, mais la montée est bien dure pour Quentin, qui se sent beaucoup plus mal que dans les hauteurs du Sud Lipez en raison d'un reste d'indigestion/intoxication contractée a La Paz. On arrive tant bien que mal jusqu'au fameux lac, effectivement splendide, surmonté par les verticales faces des 2 géants locaux.
Pause reparatrice, et l'on enchaine sur 2300m de denivele negatif, ce qui permet de boucler le trek en 2 jours, contents, mais bien crevés quand meme. Rencontre insolite au cours de la descente: des porteurs chargés de... skis, des mules chargées d'un lourd matériel d'expé, en fait un groupe d'alpinistes francais qui partaient a l'assaut de l'Illampu et de l'Ancohuma, histoire de se faire un bon ride... Ca laisse reveur! ;)
Trajet de retour vers La Paz, la vue sur la Cordillere, completement degagée, nous décide a repartir au plus tot pour un trek en altitude. Ce sera donc chose faite une fois réglés l'indigestion de Quentin. Direction: le trek du Condoriri, 3 jours entre le Cerro Condoriri et le Huayna Potosí, avant d'enchainer sur l'ascension de ce dernier sommet.
Echaudés par l'experience du portage des sacs a la laguna Glacial, on opte pour un portage par mule, ce qui facilite grandement les choses malgré les cols a plus de 5000m. Le premier bivouac est monté au pied du Condoriri, ainsi nommé parce que sa Cabeza et les 2 Alas qui l'entourent lui donnent l'apparence d'un condor pret a prendre son envol. Le site est splendide, les expés d'alpinisme sont légions, et cela nous donne envie de nous frotter aux sommets locaux, le Pequeño Alpamayo par exemple.
Mais ce sera pour une autre fois: on part vers le Huayna, traversant des paysages minéraux, des vallées perchées et des troupeaux de llamas. Le temps est superbe, et c'est l'entente cordiale avec notre guide, avec qui l'on converse aussi bien de politique locale que de géologie. C'est effectivement bien plus facile de communiquer avec un étudiant en design qu'avec un fermier aymará qui ne parle que 4 mots d'espagnol... Barriere culturelle et linguistique que nous aurons souvent rencontré ici.
On dort le second soir a 4700m, au pied du Maria Lloco et de l'impressionante face Ouest du Huayna Potosí, 1000 metres d'a-pic de glace et de roche rarement gravis. La derniere étape du trek nous amene jusqu'au refuge du Huayna Potosí a travers le point culminant de la marche: un col a 5100m du haut duquel on voit de la Cordillere jusqu'au lac Titicaca et au Nevado Sajama, quelques centaines de kilometres au Sud-Ouest.
En bref, 3 jours de marche plutot tranquille dans des paysages fabuleux, et une acclimatation parfaite pour les 6088m du Huayna Potosí! |