
Sur le coup des 11h du mat, les rues sont vides. Pas un bruit de klaxon, pas une pétarade de moteur. La plupart des échoppes sont fermées, et il règne une merveilleuse quiétude. Des gamins descendent en skate-board les principales avenues de la ville, et l'on voit des vélos pour la première fois depuis notre arrivée à La Paz! Les gens sortent en famille profiter du soleil et du calme...
Bref, la ville, habituellement si (trop) animée, est métamorphosée, à notre plus grand plaisir.
C'est que c'est aujourd'hui le jour J pour Evo Morales et tous les préfets de région, le jour du fameux referendum revocatorio que l'on redoute depuis notre entrée en Bolivie. De quoi s'agit-il?
Le président Evo, en butte à une opposition permanente et très revendicatrice des régions de la 'Semi-Luna' (croissant qui recouvre la partie Est de la Bolivie) a décidé de remettre en jeu son mandat ainsi que celui de tous les prefectos (les gouverneurs des régions) en organisant un referendum national. L'idée étant, en cas de victoire, d'assoir sa légitimité et de pouvoir gouverner plus facilement.
Evo est massivement soutenu par la population indigène des hauts plateaux et par les planteurs de coca du Chapare et des Yungas, mais dans l'Est, et notamment du côté de Santa Cruz, capitale éco du pays, les grands proprio terriens et les gros industriels font la loi. Et ne voient pas d'un très bon oeil l'"indigénisme" du président, sa politique bien marquée à gauche et sa proximité avec Chávez. Du coup, les préfets rejettent l'autorité de l'Etat et demandent plus d'autonomie.
Pas une mauvaise idée que ce referendum, sauf qu'un tel vote n'est prévu par la Constitution, et que les règles fixées par le gouvernement sont pour le moins floues (d'après ce que l'on a compris/ce de l'on se souvient, un préfet est révoqué si le pouircentage du NON dépasse le pourcentage de vote grâce auquel il a été élu, tandis que le président est révoqué avec plus de 63% de NON...). Bref, c'est un peu confus, et les médias, loin d'être objectifs, ne facilitent pas la compréhension.
S'ajoutent à ces rivalités Est/Ouest divers problèmes sociaux: grèves et blocages de route par des mineurs qui réclament un nouveau système de retraite, manifestation d'handicapés qui réclament une pension d'invalidité... Pire qu'en France!!!
Au final, le président a été massivement confirmé dans ses fonctions, avec plus de 60% de votes OUI (il avait élu avec 53% des votes), les préfets de la Semi Luna ont eux aussi été plébiscités, mis à part celui de Cochabamba, qui refuse sa révocation. Ceux qui cherchaient une nouvelle légitimité l'ont obtenue, ce qui ne règle donc aucun problème... Et l'on annonce déjà une grève générale protestatrice dans la Semi-Luna pour le 18 août!
Gouverner la Bolivie ne semble pas être une partie de plaisir... |